Saturateur : lequel, quand, combien de couches
Un saturateur ne se choisit pas comme une peinture. Il ne recouvre pas le bois, il entre dedans, et cette différence commande tout le reste : le produit à prendre, le nombre de couches, le moment de l’appliquer et la façon dont il faudra le reprendre dans deux ans. La plupart des terrasses mal protégées le sont parce qu’on a traité un saturateur comme une finition de surface.
Saturateur, lasure ou vernis : qu’est-ce qui change ?
Un vernis et une lasure forment un film. Ils déposent une pellicule continue sur le bois, qui protège tant qu’elle est intacte. Sur une façade verticale, cela tient. Sur une terrasse, c’est-à-dire une surface horizontale qui reçoit l’eau, le soleil et les semelles, le film finit par se fendre. L’eau passe par la fissure, s’installe dessous, et le film se soulève par plaques. Il faut alors décaper, poncer, tout reprendre à nu.
Un saturateur ne fait pas de film. Il est formulé pour pénétrer dans les pores du bois, où ses huiles nourrissent la fibre et où ses pigments jouent le rôle de filtre solaire. Il ne peut donc pas peler : quand il s’use, il s’estompe. La terrasse s’éclaircit doucement, de façon uniforme, et la reprise consiste à nettoyer puis repasser une couche. Aucun décapage, jamais.
Lequel prendre pour votre essence ?
Le partage se fait entre les bois qui boivent et ceux qui ne boivent pas. Un pin autoclave, un douglas ou un mélèze sont des résineux tendres et poreux : ils absorbent beaucoup, réclament des quantités généreuses et souvent deux couches. Un ipé, un cumaru ou un padouk sont denses et naturellement gras : ils n’acceptent qu’une faible quantité de produit, et tout ce qui n’est pas entré reste collant en surface.
Pour ces bois exotiques, un saturateur formulé pour bois denses est autre chose qu’un argument commercial. Sa charge en huiles et sa vitesse de séchage sont calées sur une absorption faible. Le même produit passé sur du pin serait bu en quelques minutes et ne tiendrait pas la saison ; à l’inverse, un saturateur pour résineux passé sur de l’ipé reste en surface et poisse.
Un cas mérite d’être signalé : le pin autoclave neuf. Le traitement d’imprégnation le laisse chargé d’humidité et de sels, et un saturateur posé trop tôt n’accroche pas. Il faut laisser passer plusieurs mois d’exposition, jusqu’à ce que l’eau perle moins et que le bois ait retrouvé un taux d’humidité normal.
Combien de couches faut-il vraiment ?
Deux sur un bois neuf ou fraîchement dégrisé, une seule en entretien. Mais le nombre compte moins que la règle qui va avec : on n’applique pas une seconde couche sur une première qui n’a pas été bue. Le principe du saturateur est la saturation, précisément. Le bois prend ce qu’il peut prendre, et le surplus ne pénétrera jamais.
Concrètement, on applique la première couche, on laisse le bois absorber le temps indiqué par la notice, puis on regarde. S’il reste du produit brillant en surface au bout de vingt à trente minutes, on l’essuie au chiffon et on s’arrête là : le bois est saturé. S’il a tout bu et que la surface est mate, une seconde couche est utile. Cette vérification vaut pour chaque zone de la terrasse, car les lames de bout de dalle, plus exposées, boivent souvent plus que le reste.
Le surplus qu’on laisse sécher en surface est exactement le film qu’on cherchait à éviter. Il collera, il retiendra la poussière, et il finira par s’écailler.
Quel est le bon moment pour l’appliquer ?
Sur un bois propre et sec, hors soleil direct, et sans pluie annoncée dans les deux jours qui suivent. Chacune de ces conditions élimine une cause d’échec courante. Un bois humide refuse le produit, qui reste en surface. Le plein soleil accélère l’évaporation avant que la pénétration ait eu lieu, ce qui laisse des traces de reprise visibles entre deux zones. Et une averse sur un saturateur qui n’a pas fini de sécher lessive une partie des pigments.
Si votre terrasse est grise, l’application doit être précédée d’un dégrisage, sans quoi vous fixez le gris sous les pigments pour deux ans. Si elle est simplement sale, un nettoyage à la brosse suffit. Dans les deux cas, comptez un à deux jours de temps sec entre le rinçage et la première couche.
À quelle fréquence faut-il recommencer ?
Une fois par an sur les terrasses plein sud, tous les deux ans dans des expositions plus clémentes. Ce n’est pas le calendrier qui décide, c’est la terrasse : le moment est venu quand la teinte a nettement pâli et que l’eau ne perle plus mais s’étale et fonce le bois. Un saturateur qui a disparu n’annonce aucune catastrophe, il laisse simplement les UV reprendre leur travail.
Le grand avantage de ce type de produit, c’est que le retard se rattrape sans peine. Une terrasse saturée il y a trois ans se nettoie et se recharge en un week-end. Une terrasse vernie il y a trois ans, elle, demande un décapage complet avant de pouvoir espérer quoi que ce soit.
Qu’est-ce qui fait rater une application ?
Trois gestes, presque toujours les mêmes. Charger trop le pinceau ou le bloc applicateur, en croyant qu’une couche épaisse protège mieux, alors qu’elle ne fait que déposer un excédent. Travailler lame par lame en s’arrêtant au milieu, ce qui laisse une reprise visible à l’endroit exact où le produit a commencé à sécher : il faut aller d’un bout à l’autre de la lame d’un seul tenant. Et négliger les chants et les extrémités, qui sont les faces par lesquelles le bois absorbe le plus d’eau et donc celles qui se dégradent en premier.
Le reste tient à l’outil. Un bloc applicateur à semelle feutre travaille plus vite qu’un pinceau sur une grande surface et répartit mieux le produit, ce qui limite justement les surépaisseurs. Sur une terrasse de plus de vingt mètres carrés, il change la journée.
