Joints de terrasse qui se creusent ou s’effritent
Un joint qui se creuse a l’air d’un problème d’aspect. Il n’en est pas un. Le joint est la seule chose qui empêche l’eau de pluie de descendre sous vos carreaux, et quand il s’effrite, l’eau prend le chemin qu’on vient de lui ouvrir : elle atteint la colle, imbibe le support, et attend l’hiver. C’est la raison pour laquelle un joint dégradé se répare avant l’hiver et non l’été suivant.
À quoi sert vraiment un joint de terrasse ?
À deux choses qui n’ont rien à voir. La première est d’assurer l’étanchéité de surface : l’eau doit ruisseler jusqu’au bord de la terrasse sans jamais passer entre deux carreaux. La seconde est d’absorber le mouvement, car un dallage extérieur travaille en permanence. Il se dilate au soleil, se rétracte la nuit, et le support en fait autant sous lui. Sans un matériau capable d’encaisser ces micromouvements, les carreaux se pousseraient les uns les autres jusqu’à se soulever.
C’est pour cette deuxième raison que la pose extérieure prévoit, en plus des joints entre carreaux, des joints de fractionnement qui découpent la surface en panneaux et suivent les points singuliers. Le NF DTU 52.2, qui encadre la pose collée, impose aussi une pente d’évacuation : sur une terrasse plate où l’eau stationne, aucun joint ne tient longtemps, quelle que soit sa qualité.
Pourquoi se creuse-t-il ?
Le gel est le mécanisme principal. Un joint ciment est poreux : il boit l’eau, et l’eau qui gèle augmente de volume à l’intérieur même de sa masse. Chaque cycle de gel et de dégel détache quelques grains. Sur une terrasse au nord, à la montagne ou dans le quart nord-est, cent cycles par hiver suffisent à vider un joint en quelques saisons. C’est le même phénomène qui fait éclater la pierre poreuse et le béton.
Le reste est de notre fait. Le nettoyeur haute pression chasse le joint hors de son logement, quelques millimètres à chaque passage, et le résultat est net dès la première utilisation : les joints paraissent plus profonds qu’avant. Les produits acides, vendus pour dissoudre le calcaire ou les voiles de laitance, dissolvent aussi le liant du joint puisque c’est la même chimie. Et la mousse installée dans un joint le maintient humide en permanence, ce qui prépare le gel de l’hiver suivant : c’est pourquoi il vaut mieux l’enlever sans produit agressif plutôt que d’attaquer le joint pour atteindre la plante.
Reste une cause d’origine, qu’on découvre en grattant : le joint mal exécuté. Un mortier trop sec au moment du jointoiement, ou un remplissage superficiel qui n’a jamais atteint le fond, donne un joint qui s’effrite au bout de deux ans sans qu’aucun gel n’y soit pour rien.
Faut-il un joint ciment, souple ou époxy ?
Le mortier de jointoiement pour extérieur reste le choix courant, à condition de prendre une formulation prévue pour l’extérieur et le gel, et non le sac générique de la salle de bain. Il est poreux, mais il est réparable, teintable et peu coûteux, ce qui compte sur une surface qu’on reprendra sans doute une fois ou deux dans sa vie.
Le joint époxy ne boit pas l’eau et résiste aux produits chimiques comme au gel. C’est objectivement le plus durable, et il se justifie autour d’une piscine ou sur une terrasse très exposée. En contrepartie, il coûte nettement plus cher, sa mise en œuvre est exigeante puisqu’il faut nettoyer la surface avant durcissement, et une reprise localisée est beaucoup plus délicate. Quant aux mastics souples, ils ne remplacent pas le joint courant : ils occupent les joints de fractionnement et les raccords avec le mur, là où le mouvement est le plus fort.
Peut-on reprendre un joint sans tout casser ?
Oui, et c’est même le cas général, mais à une condition qui décide de tout : il faut dégarnir avant de remplir. Un joint fatigué se gratte sur toute sa profondeur, au gratte-joint ou à la disqueuse à disque fin, jusqu’à retrouver un fond sain. Ensuite seulement on dépoussière soigneusement, on humidifie légèrement, et on remplit en poussant le mortier bien au fond, en croisant les passes de la raclette.
Un joint neuf appliqué par-dessus un joint mort ne tient jamais. Il se détache en écailles au premier hiver, et on a perdu la journée.
Le moment compte aussi. On évite le plein soleil, qui fait prendre le mortier trop vite et l’empêche de faire sa résistance, et on évite bien sûr d’avoir de la pluie ou du gel annoncés dans les jours qui suivent. Si en dégarnissant vous trouvez plusieurs carreaux qui sonnent creux, la réparation change de nature : le problème n’est plus le joint mais le collage, et reprendre le joint seul ne fera que masquer la suite quelques mois.
L’hydrofuge sert-il à quelque chose ?
À beaucoup, mais pas à ce qu’on lui demande souvent. Un hydrofuge pénètre dans la porosité du joint et du carreau et réduit fortement l’absorption d’eau. Moins d’eau absorbée, c’est moins d’eau à geler, donc moins de délitement, et accessoirement moins de mousse puisque la surface sèche plus vite. Sur un dallage neuf ou fraîchement rejointoyé, c’est le geste qui rallonge le plus la durée de vie de l’ensemble.
En revanche il ne comble rien. Appliqué sur un joint déjà creusé, il imperméabilise un joint défaillant et laisse le chemin d’eau intact. L’ordre est donc toujours le même : nettoyer sans agresser, réparer ce qui est à réparer, laisser sécher franchement, puis hydrofuger. Et surtout pas l’inverse.
Et si la terrasse est posée sur plots ?
Alors la question ne se pose pas, et c’est l’un des grands avantages de ce mode de pose. Les dalles épaisses posées sur plots ne sont pas jointoyées : l’eau passe volontairement entre elles, traverse, et s’évacue par le sol en dessous. Rien ne se creuse puisqu’il n’y a rien à creuser, et le gel n’a pas de matière poreuse à faire éclater entre les dalles.
Deux points de vigilance subsistent malgré tout. L’espace entre dalles recueille feuilles et terre fine, qui finissent par former un bouchon et par retenir l’eau exactement là où elle devait passer : un nettoyage annuel de ces interstices suffit à l’éviter. Et la jonction avec le mur de la maison, elle, reste un vrai joint, souple celui-là, qu’il faut surveiller comme n’importe quel autre.
